Exclus du Ségur depuis 2020, ces « vigies sociales » appellent à la grève le 29 janvier pour obtenir une reconnaissance salariale et professionnelle que le Sénat vient de leur refuser

Les travailleurs sociaux des CAF, des Carsat et de la MSA observeront une journée de mobilisation nationale le 29 janvier. Au cœur des  revendications : obtenir enfin les 183 euros nets mensuels du Ségur de la santé, versés depuis 2020 à d’autres catégories de professionnels, et une reconnaissance de leur qualification réelle de niveau bac+3. Une attente qui dure depuis plus de quatre ans, alors que le Sénat vient de rejeter, le 7 janvier, l’essentiel d’une proposition de loi visant à revaloriser l’ensemble des métiers du travail social.

Un salaire d’entrée à peine supérieur au Smic

À la CAF, un travailleur social diplômé d’État débute sa carrière à 1 881 euros bruts mensuels, soit à peine au-dessus du salaire minimum. Pour un diplôme de niveau licence, cette rémunération apparaît déconnectée des qualifications exigées et de la complexité du métier.  Les candidats fuient ces postes parce que les salaires de sortie ne permettent pas de vivre dignement, surtout en zone tendue. Le SNFOCOS porte depuis octobre 2022 la revendication d’une attribution immédiate de 33 points mensuels, équivalant aux 183 euros nets du Ségur, avec rétroactivité au 1er décembre 2022.

Cette revalorisation, étendue progressivement à de nombreux secteurs sanitaires et médico-sociaux depuis 2020, n’a jamais concerné les travailleurs sociaux des organismes de Sécurité sociale. Pourtant, nos calculs, son coût serait marginal : environ 5 millions d’euros annuels, soit 0,1 point d’inflation sur la masse salariale totale des organismes. C’est « deux poids, deux mesures » alors que des enveloppes ont été débloquées pour d’autres travailleurs sociaux d’autres secteurs.

Le Sénat vide une proposition de loi de sa substance

Le 7 janvier, le Sénat a adopté une proposition de loi sur les métiers du travail social, mais en a supprimé toutes les dispositions salariales significatives. Le texte initial prévoyait une hausse du salaire minimum à 1 600 euros nets pour l’ensemble des travailleurs sociaux, une indexation des rémunérations sur l’inflation et la création de ratios minimaux d’encadrement dans les établissements sociaux et médico-sociaux. Ces trois articles ont été rejetés, au motif de la « soutenabilité budgétaire » et du risque de « différence de traitement inédite entre salariés ».

Seule disposition maintenue : l’extension aux élèves en formation sanitaire et sociale de l’accès aux bourses et services des Crous, mesure qui améliore le soutien pendant les études mais ne répond pas à la crise d’attractivité liée au niveau de rémunération en poste. Le texte, désormais vidé de son cœur, doit être examiné par l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Le SNFOCOS espère que les députés rétabliront les articles supprimés, mais ne comptent pas uniquement sur le processus législatif.

Une spirale de dévalorisation et de surcharge

Au-delà de la question salariale, les professionnels dénoncent une dégradation continue de leurs conditions d’exercice. Surcharge de travail, complexification administrative, management vertical renforcé : autant de facteurs qui alimentent un turn-over massif et des sorties de carrière précoces. Les travailleurs sociaux sont les vigies sociales de première ligne face à la précarité et aux ruptures de droits. Sans reconnaissance, nous perdons des compétences irremplaçables et les usagers en paient le prix.

Le Haut Conseil du Travail Social (HCTS) a documenté dans son Livre blanc 2023 cette crise structurelle : postes vacants en hausse, difficulté des instituts de formation à recruter des candidats, épuisement professionnel généralisé. Selon une étude citée par Le Média Social, le revenu annuel moyen des professionnels du social s’établissait en 2022 à 14 640 euros, attestant d’une sous-valorisation chronique. L’Association des directrices et directeurs de secteur social estime qu’une augmentation de 400 à 500 euros mensuels serait nécessaire pour stopper l’hémorragie de candidats.

Cette dynamique affecte directement les organismes de Sécurité sociale, où les travailleurs sociaux accompagnent les allocataires et les assurés les plus fragiles : familles monoparentales, personnes en situation de handicap, retraités précaires, jeunes en rupture. La sécurité sociale, pilier du modèle social français, ne peut se permettre d’être perçue comme un mauvais employeur pour ses travailleurs sociaux. 

Le coût de l’inaction

Le SNFOCOS insiste sur un paradoxe : refuser la revalorisation coûtera plus cher à terme. Perte de compétences, baisse de la qualité de service, contentieux avec les usagers : autant de conséquences prévisibles si la situation perdure.

La mobilisation du 29 janvier vise à faire pression sur l’Assemblée nationale pour qu’elle rétablisse les articles salariaux de la proposition de loi.

Revaloriser le travail social, c’est défendre la cohésion socialeC’est défendre la Sécurité sociale elle-même.

Les vigies sociales de la République ne lâcheront rien.