Sécurité sociale : quand l’épargne salariale ne fait pas le poids face au salaire

Les agents privilégient le revenu immédiat, faute de dispositifs réellement attractifs

Un dispositif massif en volume, limité en impact

Les agents du Régime général de la Sécurité sociale ont accumulé 260 millions d’euros au titre de l’épargne salariale, répartis entre 87 000 porteurs de parts.

Derrière ce chiffre impressionnant, l’encours moyen de 2 989 euros par personne révèle un dispositif qui pèse peu sur le pouvoir d’achat réel, essentiellement structuré par le salaire mensuel.

Le Plan d’Épargne Interentreprises (PEI) et le Plan Épargne Retraite collectif (PER COL-I) ne modifient pas l’équation quotidienne des agents, confrontés à la hausse des prix, à la stagnation des rémunérations et à l’érosion du point de la Sécurité sociale.

Intéressement et PPV : la priorité, c’est encaisser

En 2025, 113,2 millions d’euros d’intéressement ont été versés à 154 141 bénéficiaires. Pourtant, à peine 27,9% de ces montants ont été investis dans l’épargne salariale : la grande majorité des agents choisit de percevoir immédiatement ces sommes.

Ce comportement n’est pas un hasard financier, mais un signal social. Les agents, dont les salaires sont insuffisants pour le SNFOCOS, arbitrent en faveur du revenu disponible immédiat. Les primes, qu’il s’agisse de l’intéressement ou de la prime de partage de la valeur, sont perçues comme de l’oxygène ponctuel, non comme une opportunité d’épargne longue.

CET, monétisation et transfert : l’abondement ne suffit pas

Le Compte Épargne Temps, qui permet de stocker des jours, peut être monétisé ou transféré vers le PER COL-I, avec à la clé un abondement de l’employeur. En 2025, 2 240 agents ont transféré des jours de CET pour un montant total de 2,88 millions d’euros, l’abondement atteignant 679 454 euros

Mais ce mécanisme reste peu utilisé, au regard de l’effectif global. Beaucoup d’agents préfèrent conserver leurs jours pour alléger leur fin de carrière ou les monétiser de façon plus directe. L’abondement est donc trop faible pour compenser la perte de temps de repos ou de salaire différé. L’opération est financièrement intéressante sur le papier, mais ne répond pas au besoin central : vivre mieux aujourd’hui.

L’épargne salariale, un produit que les agents n’achètent pas vraiment

Dans un contexte de généralisation des outils financiers – fonds ISR, produits solidaires, intégration d’actifs non cotés au titre de la Loi Industrie Verte –, l’offre d’épargne salariale du Régime général est techniquement sophistiquée. Mais elle ne répond pas à la priorité sociale des agents : sécuriser un revenu mensuel stable, prévisible et suffisant.

La surpondération des fonds monétaires, perçus comme les moins risqués, illustre la prudence extrême des épargnants, mais aussi leur manque de marge de manœuvre : difficile de prendre des risques financiers quand chaque euro compte. Les services de conseil personnalisés existent, mais ne suffisent pas à renverser la hiérarchie des besoins.

Le SNFOCOS rappelle: le vrai sujet, c’est le salaire

Le SNFOCOS est catégorique : l’intéressement, la prime de partage de la valeur, la monétisation et le transfert du CET vers l’épargne salariale, ainsi que l’épargne salariale elle-même, ne sont pas attractifs dès lors qu’on les compare au salaire immédiat même s’il est jugé suffisant par trop d’entre nous.

Pour le SNFOCOS, ces dispositifs ne doivent pas se substituer à une politique salariale ambitieuse. Ils peuvent, au mieux, jouer un rôle complémentaire, mais ne sauraient être présentés comme une contrepartie à l’absence de revalorisation significative des salaires.

Dans un paysage social marqué par la défiance et les tensions sur les revenus, l’épargne salariale apparaît moins comme un levier de justice sociale que comme un outil technique.

Tant que la question du salaire de base ne sera pas au cœur des négociations, les agents continueront, logiquement, à privilégier l’euro d’aujourd’hui à l’épargne de demain.

Bruno Gasparini, Secrétaire Général du SNFOCOS, pour la délégation