Les blouses blanches de la médecine libérale ont lancé, début janvier, une grève massive contre un PLFSS 2026 perçu comme une attaque frontale contre leur modèle d’exercice. Au cœur du bras de fer : des dépassements d’honoraires sous pression et un budget ville jugé famélique, alors que patients et praticiens se retrouvent dos au mur.

PLFSS 2026 : la goutte qui fait déborder le stéthoscope

Adopté dans la douleur fin décembre 2025, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 impose un ONDAM ville en hausse modeste de 1,6%, loin des besoins réels selon les syndicats. Syndicats et collectifs dénoncent une « rupture historique » : sanctions automatiques pour le dossier médical partagé (DMP) non alimenté, tarifs fixables par décret en cas d’échec des négociations, menace sur les actes non conventionnés.

Les mesures choc – surtaxe des dépassements, baisses d’actes « surcotés » – ont été retoquées au Parlement. Mais le mal est fait : médecins libéraux y voient la confirmation d’une tutelle administrative accrue, sur fond de revalorisations conventionnelles tardives et incomplètes.

« La médecine libérale ne répond plus » : colère en marche

Du 5 au 15 janvier, cabinets fermés, déprogrammations d’actes, manifestations en blouses blanches : l’appel unitaire à une mobilisation « historique » a tenu ses promesses. « Survie de la profession », clament les syndicats face à des charges sociales écrasantes, des actes techniques figés depuis 1995 et une cascade de pénalités pouvant grimper à 14 000 euros par an.

Derrière la colère, un cri d’alarme : comment exercer librement quand l’État transforme les praticiens en « exécutants de la Sécu » ? Les hausses de tarifs au 1er janvier – consultations longues chez les seniors, spécialistes pédiatres – sont jugées cosmétiques, sans toucher la base remboursable.

Dépassements d’honoraires : le nœud gordien du conflit

L’épicentre du clash ? Les 4 milliards annuels de dépassements, concentrés chez les spécialistes et galopants depuis 2019, selon le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM). Économistes de la santé et Collège des économistes plaident pour une régulation ferme : plafonds par spécialité et territoire, OPTAM boosté, contrats responsables revus pour juguler un reste à charge explosif creusant les inégalités.

Les médecins ripostent : ces « soupapes » financent cabinets, formations et embauches dans un cadre tarifaire opposé sous-évalué. Taxation ou plafonds brutaux ? Risque d’effet boomerang avec primes complémentaires alourdies, payées in fine par les assurés. Deux visions irréconciliables : dérive inflationniste pour les uns, indispensable bouclier économique pour les autres.

Grèves, sanctions, déserts : le cocktail explosif

Les revendications débordent les honoraires :

  • ONDAM ville rachitique: insuffisant pour nouvelles missions (télémédecine, prévention, coordination).
  • Hyper-contrôle: amendes pour arrêts maladie excessifs ou prescriptions « hors normes ».
  • Contraintes territoriales: pénalités pour refus d’exercer en zone sous-dotée.
  • Négociation vidée: arbitrage étatique en cas d’échec des conventions.

Patients coincés entre grèves et restes à charge records dans les spécialités tendues : le système craque des deux bouts

Vers une médecine à deux vitesses… ou un sursaut ?

Les économistes alertent : sans régulation ciblée – incitations à la modération, protections pour modestes, revalorisations sélectives –, les dépassements installeront une « France à deux speeds », zones riches gavées et territoires oubliés.

Mais étrangler la ville sans alternative ? Les grévistes exigent un conventionnel stable, des actes revalorisés et la fin des soupçons généralisés. Entre austérité budgétaire et fierté professionnelle, le compromis historique entre Sécu et libéraux se fracture. Reste à inventer une régulation équilibrée, avant que l’accès aux soins ne devienne un luxe.