Un cadre de la Sécurité sociale ayant démarré 2021 avec un salaire de 38 000 euros bruts annuels a perdu, en termes de pouvoir d’achat réel, plus de 6 000 euros sur cinq ans. Pas par malchance. Par choix politique et ce malgré l’application d’une nouvelle classification attendue depuis 20 ans.

Depuis 2021, les personnels de la Sécurité sociale subissent une érosion méthodique de leur pouvoir d’achat. L’enchaînement des enveloppes de Rémunération Moyenne du Personnel en Place (RMPP) fixées par l’UCANSS n’a cessé d’accuser un retard structurel face à l’inflation réelle. En 2022, année du choc inflationniste de 5,2 %, la RMPP n’a progressé que de 1,58 %. En 2023, nouvelle décrochage : 4,9 % d’inflation pour 2,3 % de revalorisation nominale. Au total, l’inflation cumulée sur la période 2021-2026 dépasse 17 %, là où les revalorisations RMPP cumulées n’atteignent que 15,6 %. La perte de substance salariale est définitive et chiffrée : plus de 6 000 euros bruts sur cinq ans pour un cadre de niveau 6 ou 7.

La grande réforme de la classification, signée le 22 novembre 2024 après vingt ans de latence, devait corriger ces déséquilibres. Elle ne l’a pas fait. Pour 70 % des salariés en poste, le repositionnement dans les nouvelles grilles n’a eu aucun impact tangible sur le bulletin de salaire. La mécanique de « fongibilité » des points de compétence existants a neutralisé les effets redistributifs du nouveau référentiel.

Pendant ce temps, le secteur privé poursuivait sa trajectoire. Selon le Baromètre APEC 2025, la rémunération médiane des cadres du privé atteint 55 000 euros annuels, soit 41 % de plus que le profil type de cadre institutionnel. Entre 2021 et 2025, les cadres du privé ont vu leur salaire médian progresser de 7,8 % en valeur nominale. Le déclassement relatif des cadres de la Sécurité sociale n’est plus une tendance : c’est une réalité documentée, qui menace l’attractivité de l’Institution au moment précis où elle doit conduire ses plus grandes transformations numériques et managériales.

Le contexte macroéconomique durcit encore la situation. Après un point bas historique à 0,3 % en janvier 2026, l’inflation repart au printemps : 2,2 % en glissement annuel en avril selon l’INSEE. La Banque de France anticipe un maintien à 2 % sur les douze prochains mois.

La RMPP figée à 1,5 % pour 2026, fixée unilatéralement par l’UCANSS en décembre 2025, produit donc, dès ce premier semestre, un nouveau creusement du pouvoir d’achat réel. Pour la troisième année consécutive, aucune augmentation générale, aucune revalorisation de la valeur du point, aucune ouverture sur les conditions salariales.

Le SNFOCOS refuse ce statu quo. Nous réclamons l’ouverture immédiate d’une négociation salariale pour l’année 2026, adossée à une revalorisation minimale de 2,75 %, chiffre arithmétiquement fondé sur l’écart cumulé entre inflation et RMPP.

Cette exigence n’est pas idéologique : elle est légale. L’article L.2242-1 du Code du travail impose une négociation annuelle sur les rémunérations. Renvoyer cette obligation à 2027, comme le prévoit le programme de négociation UCANSS, est un manquement grave au dialogue social paritaire.

La tutelle ne pourra pas indéfiniment justifier le gel des salaires d’une institution qui gère 600 milliards d’euros de prestations par le seul argument de l’austérité budgétaire. L’État ne peut pas demander davantage d’engagement, d’excellence et de transformation à des salariés dont il organise, année après année, l’appauvrissement relatif. C’est une contradiction que le SNFOCOS ne peut ni ne veut accepter.

 Bruno Gasparini, Secrétaire Général du SNFOCOS