L’État contre ses propres citoyens ? La fracture silencieuse des droits en France.
Cent soixante-cinq mille. C’est le nombre de Françaises et de Français qui ont frappé, en 2025, à la porte du Défenseur des droits pour obtenir ce que l’État était censé leur garantir d’emblée. Le rapport annuel de la Défenseure des droits, Claire Hédon, publié le 9 avril 2026, compile 165 011 dossiers — hausse de 17 % en un an, de 70 % depuis 2020. Un record absolu depuis la création de l’institution en 2011.
La dématérialisation, ou comment moderniser l’exclusion
Le tournant numérique était une promesse de simplification. Il est devenu un obstacle. Les services publics concentrent désormais 92 % des saisines, en hausse de 20 % sur un an. En dix ans, le taux de Français déclarant des difficultés dans leurs démarches est passé de 39 % à 61 %.
Le non-recours : l’injustice invisible
Plus de 30 % des personnes éligibles à des aides sociales ne les demandent pas — non par méconnaissance, mais par épuisement, honte, découragement.
Discriminations : le droit bafoué dans l’emploi
Hausse de 12 % des saisines pour discrimination. Plus de la moitié concernent l’emploi. Les deux critères les plus invoqués : handicap (27 %) et origine réelle ou supposée (18 %). Près d’une personne active sur trois dit avoir été victime de discrimination professionnelle.
Lanceurs d’alerte : +73 % de saisines en un an
Les saisines relatives aux lanceurs d’alerte ont bondi de 73 %, passant de 519 à plus de 900 dossiers. Ce sont les plus précaires — les moins bien entourés syndicalement — qui paient le prix fort de leur courage civique.
Source : Rapport annuel d’activité 2025 du Défenseur des droits (avril 2026).
