Ils ont un emploi. Ils ont faim. Ils ont froid. Bienvenue dans la France de 2025.

Ils ne sont pas chômeurs. Ils ne sont pas sans-abri. Ils travaillent. Et pourtant, neuf millions d’entre eux ne peuvent pas se payer un repas avec de la viande tous les deux jours, chauffer correctement leur logement, ou remplacer un meuble cassé. C’est le constat de l’INSEE dans son étude Privation matérielle et sociale en 2025 (Focus n°380).

Le paradoxe français : le chômage recule, la misère avance

Le taux de chômage gravite autour de 7 %, au plus bas depuis vingt ans. Pourtant, le taux de privation matérielle stagne à 13,5 % en 2025, contre 12 % avant la pandémie. Ce paradoxe a un nom : la dualisation du marché du travail. 16 % des emplois salariés sont précaires (CDD, intérim, apprentissage), contre 7 % dans les années 1980.

Portraits du précariat ordinaire

Les chômeurs : 35 % subissent au moins cinq privations essentielles. Les familles monoparentales : 30 %. Les ouvriers : taux de privation à 15,1 % ; les employés à 13,7 %. La France compte aujourd’hui deux millions de travailleurs pauvres.

Les jeunes, sacrifiés sur l’autel de la flexibilité

Parmi les actifs de moins de 25 ans, 56 % occupent un poste précaire.

La redistribution : rempart essentiel, mais insuffisant

Sans les transferts sociaux, le taux de pauvreté atteindrait 21,7 % — il est ramené à 15,4 % grâce aux prestations. Mais 70 % des pauvres en 2016 l’étaient encore en 2017. La protection sociale amortit le choc — elle ne guérit pas la blessure structurelle.

Source : INSEE Focus n°380 ; OCDE (2024) ; Observatoire des inégalités.