Travailler jusqu’à quand ? Le scandale silencieux des seniors rejetés du marché de l’emploi.
En 2024, 60,4 % des Français âgés de 55 à 64 ans occupaient un emploi — du jamais-vu depuis 1975. Mais cette progression est d’abord le produit mécanique des réformes des retraites. En repoussant l’âge de départ, l’État n’a pas créé de l’emploi senior : il a empêché les gens de partir. La France végète au 17e rang européen sur 27 pour l’emploi des seniors.
La grande porte qui claque au nez
Selon la Dares (avril 2026), les candidats seniors reçoivent un accueil moins favorable dans 41 % des cas, et dans les trois quarts des cas, la porte claque avant même l’entretien, au seul vu du CV. Un jeune candidat a 1,5 fois plus de chances d’obtenir une réponse positive qu’un candidat de 55 ans aux qualifications identiques.
On leur demande de travailler plus longtemps, puis on refuse de les embaucher
La réforme des retraites de 2023 a contraint des millions de personnes à cotiser plus longtemps. Mais le marché du travail n’a pas changé ses habitudes. Le 17e baromètre du Défenseur des droits (2024) indique que 40 % des réclamations liées à l’emploi impliquent le critère de l’âge. Au total, 23 % des actifs de 50 ans et plus déclarent avoir personnellement subi une discrimination.
La double peine pour les femmes et les seniors d’origine étrangère
Les femmes seniors cumulent pénalisation pour l’âge et pour le genre. Les seniors d’origine perçue étrangère déclarent deux fois plus de discriminations. Lorsque les candidats seniors valorisent leur maîtrise technologique et leur engagement, la discrimination est réduite de moitié.
La France a décidé que ses seniors devaient travailler plus longtemps. Elle n’a pas encore décidé de les laisser vraiment travailler.
Source : Dares, avril 2026 ; Défenseur des droits, baromètre 2024 ; OCDE 2025.
