Vous l’avez remarqué, un élément de langage est apparu dans la bouche de nos gestionnaires, qui est censé clore tout débat sur le fonctionnement de notre institution. C’est la SOUTENABILITE DU SYSTÈME.
Le système, c’est la Sécurité Sociale actuelle avec son fonctionnement, ses recettes, ses prestations, son organisation. Les principes fondateurs datent de 1946, immédiatement après la fin de la guerre. Notre pays était saccagé, appauvri. Ses citoyens fatigués, ruinés, en colère. La Sécurité Sociale est une grande œuvre de socialisation et de collectivisation du fruit du travail de chacun pour le bénéfice de tous, et notamment des plus faibles. Dans les 10 ans qui ont suivi sa fondation, l’espérance de vie a bondi de 10 ans.
La soutenabilité c’est l’idée selon laquelle ce système ne fonctionne pas en l’état, et qu’une modification de son organisation est impérative à son maintien. Ce qui ne fonctionne pas est l’équilibre budgétaire : il y aurait trop de dépenses au vu des recettes.

Tiré de la BD « Economix » de Michael Goodwin 2019
Cette idée est posée comme une prémisse, c’est-à-dire une donnée vraie par essence, sur laquelle il n’y a pas de débat. Elle serait naturellement partagée par tout le monde, sur la simple mise en œuvre du « bon sens« . Il en découlerait des REFORMES de baisse des dépenses (ou de baisse relative), dont la nécessité serait absolue et sans débat.
S’il existe bien un déficit (13,8 milliards en 2024 selon le rapport charge et produit), il existe une alternative que le « bon sens » peut aussi envisager :
Si les besoins en santé augmentent, il faut augmenter les Recettes.
Contrairement à l’idée reçue que l’on nous assène religieusement, la France n’est pas championne des dépenses de santé. Elles représentent en 2024, 11,4% du PIB, derrière les USA (17,2%), l’Allemagne (12,3%) ou l’Autriche (11,8%).
Les dépenses de santé ne seraient-elles pas importantes ?

Elles sont pourtant un investissement : une population en bonne santé est plus heureuse, plus productive et paradoxalement consomme moins de biens de Santé !
Si vous avez accès aux soins, que vous n’y renoncez pas, que votre environnement est sain, que vous faites de l’activité physique alors vous ferez moins d’AVC, moins de cancers, moins d’infarctus. Or ce sont ces accidents médicaux qui coûtent le plus cher.
Couvrir les BESOINS de santé d’aujourd’hui, c’est investir dans des coûts en santé diminués pour demain.
Plus une dépense de santé est socialisée, moins elle coûte cher à l’ensemble de la société. L’assurance maladie a un pouvoir de négociation important : elle négocie des tarifs corrects pour les consultations, pour les prix des médicaments. Ils coûtent bien moins cher en France où leur prix est contrôlé et leurs achats socialisés, qu’aux USA où ils sont une marchandise lambda, source de profit pour des entreprises multinationales.
Lorsqu’une dépense de santé est prise en charge par l’assurance maladie, cela veut dire qu’elle coûte moins cher !
Les coûts de gestion de la Sécurité sociale en 2024 sont de 6,9 milliards d’euros, contre 8,7 milliards pour les organismes privés.
Alors que Sécurité sociale a financé 88,5% de la consommation de soins contre 9,3% pour les assureurs privés. Vous imaginez : on coûte en frais de fonctionnement 1,8 milliards d’euros de moins en finançant 88,5% des dépenses ! On ne coûte pas cher !
Les mutuelles ou assureurs privés doivent faire du marketing et parfois rémunérer leurs actionnaires… Pas la Sécu !

Enfin, on entendra « qu’il n’y a plus d’argent« , que « la dette va peser sur nos enfants« , qu’on « ne peut plus payer tout ça« … Mais si les dépenses de santé sont un investissement, qu’elles participent à avoir une population heureuse, plus productive. Si les dépenses coûtent moins cher quand elles passent par la Sécu que par les mutuelles. Si nous sommes à un niveau de dépense comparable aux pays de l’OCDE. Alors pourquoi un tel problème de financement ? La santé n’est-elle pas une priorité ?
Le déficit de la branche maladie est en 2024 de 13,8 milliards pour 278 milliards d’euros de prestations (4,9%).

Voici quelques chiffres récents pour le mettre en perspective:
- L’ONG Oxfam évalue que les niches fiscales sur les héritages des 50 français les plus riches nous coûtent 160 milliards d’euros. (Ouest France le 17/09/2024)
- L’institut des politiques publiques documente en 2024 que 150 milliardaires français payent moins de 2% d’impôt sur le revenu, ce refus de participer à l’impôt collectif coûte 18 milliards. (L’Humanité le 16 janvier 2026).
- Le Haut conseil de financement de la protection sociale évalue en 2024 la fraude sociale des entreprises à 7,2 milliards d’euros.
- Le budget des armées était de 32.3 milliards en 2017, il sera doublé à 64 milliards en 2027.
- Les entreprises du CAC40 ont réalisé en 2024 131 milliards d’euros et profit, les dividendes aux actionnaires ont été de 107,5 milliards d’euros (La tribune du 16/01/2026)
- La taxe Zucman qui propose d’instaurer un impôt plancher de 2% sur les plus riches rapporterait entre 20 et 25 milliards d’euros (Le monde du 31/10/2025).
- Le PIB de la France est de 2613 milliards d’euros en 2024 (ce qui fait un déficit à 0,4% du PIB).
Le financement de nos besoins en santé n’est pas une question de possibilité ou d’impossibilité. De présence ou d’absence d’argent. C’est une question de CHOIX.
« SOUTENABILITE DU SYSTÈME » c’est un élément de langage, élaboré par des personnes qui ont fait le choix politique de ne PAS FINANCER NOS BESOINS de santé.
Pourquoi ce choix ? Pour que les dépenses de santé ne soient pas socialisées, mais confiées à des acteurs privés. Que notre santé soit un bien de consommation sur un marché. Qu’elles produisent de la valeur. Et bien sûr du profit.
Financer nos besoins de santé c’est possible ! C’est souhaitable ! C’est juste !
Dernier point. Bizarrement le dernier rapport « Charges et produits » ne présente plus les chiffres de charges et de produits bruts. Jusqu’à l’année dernière on y trouvait les dépenses par poste (IJ, soins de ville, médicaments…). Ces données sont absentes de la dernière mouture. Les seuls chiffres commentés sont ceux…. du déficit et de la dette. Les seules données par poste sont des graphiques montrant des taux de progression.
Les rédacteurs de Charges et produits nous présentent le déficit comme une catastrophe abominable, comme un danger imminent. Et surtout comme quelque chose allant de soi. N’étant en aucune façon soumise à discussion. Comme étant une ÉVIDENCE.
Non ! Le déficit est un CHOIX politique. C’est le choix du profit, le choix de la santé vue comme une marchandise.
La DRESS (direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques) publie elle aussi ses rapports annuels. Le citoyen peut les lire et se faire son opinion :
- La protection sociale en France et en Europe en 2024. Résultats des comptes de la protection sociale ÉDITION 2025
- Les dépenses de santé en 2024. Résultats des comptes de la santé. ÉDITION 2025
