La surchauffe dans les Carsat, provoquée par les revirements successifs de la réforme des retraites, pourrait contraindre la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) de revoir à la hausse sa trajectoire d’emplois, alors que la Convention d’objectifs et de gestion (COG) 2023-2027 prévoyait initialement des suppressions de postes en fin de période.

Un afflux de dossiers sans précédent

Depuis janvier 2026, le stock de dossiers entrants dans les Carsat a explosé, alors que la CNAV n’anticipait un pic d’activité que pour fin 2026 ou début 2027. Cette accélération résulte directement de la suspension de la réforme des retraites de 2023, votée en décembre 2025 dans le cadre du budget de la Sécurité sociale pour 2026 : la CNAV prévoit désormais 854 000 dossiers de retraite à traiter sur l’année, dont 64 000 départs anticipés rendus possibles par cette suspension. Environ 70 000 personnes partiront ainsi en retraite plus tôt que prévu, avec une entrée en vigueur des nouvelles modalités fixée au 1er septembre 2026.

La direction générale de la CNAV avait péniblement annoncé environ 200 recrutements supplémentaires temporaires pour absorber cette hausse d’activité, sans détailler précisément la nature contractuelle de ces renforts. Ce chiffre reste très nettement inférieur aux besoins estimés

FO souligne aujourd’hui que la trajectoire dite « en cloche » de la COG actuelle impliquait, avant ces derniers rebondissements législatifs, une restitution de postes à la CNAV dès la fin 2027, une échéance que les Carsat négocieraient désormais pour la repousser à 2028 voire 2029.

Un dispositif informatique et administratif sous tension

Le syndicat dénonce également des dysfonctionnements persistants de l’outil SYRCA, utilisé pour le traitement des dossiers retraite, quatre ans après son déploiement, ainsi que le blocage de certaines typologies de dossiers comme le Minimum Contributif ou la Retraite Anticipée pour Carrière Longue, faute de décrets d’application transmis à temps par la CNAV. Sur le plan technique, l’organisme a dû réadapter environ 400 programmes informatiques pour intégrer les derniers ajustements de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, un chantier que la direction espérait achever avant le 1er septembre 2026. Une réponse gouvernementale à une question parlementaire de janvier 2026 confirme par ailleurs qu’une hausse de 6% des entrées de dossiers avait déjà été enregistrée début 2025, avec un délai moyen de traitement ramené à 67 jours, mais un objectif de 90% de dossiers traités en moins de 180 jours qui n’est fixé qu’à l’horizon 2027.

Les revendications syndicales face à l’absence d’embauches pérennes

Face à cette situation, FO exige l’embauche massive de personnels.

Le syndicat alerte également sur les conséquences humaines de cette surcharge sur les agents, évoquant les expositions aux risques psychosociaux, arrêts maladie, démissions et ruptures conventionnelles.

Il est donc temps que la Tutelle réagisse et accepte d’infléchir la trajectoire « dépressive » de la COG.