On exige des managers qu’ils portent l’entreprise. On les rémunère comme s’ils la traversaient.
Le scandale silencieux de la fonction managériale n’est plus une rumeur de couloir. C’est une réalité documentée, mesurable, insupportable. Dans nos organisations de protection sociale, ces femmes et ces hommes qui incarnent quotidiennement le leadership, absorbent les tensions et traduisent la stratégie en actes concrets, perçoivent entre 2 000 et 2 800 euros nets mensuels. Un SMIC amélioré pour une responsabilité décuplée.
Cette équation ne tient pas. Elle ne peut pas tenir.
Quand le management devient un sacrifice social
Le marché du travail français a développé une pathologie singulière : demander l’excellence managériale au prix de l’exécution basique. Les fiches de poste rivalisent d’ambition. « Piloter la transformation », « fédérer les équipes », « incarner les valeurs », « gérer les situations complexes ». La réalité salariale, elle, raconte une autre histoire : celle d’une fonction dévalorisée, précarisée, maintenue artificiellement dans une médiocrité économique.
Les managers de nos structures portent des missions critiques. Ils arbitrent, régulent, protègent. Ils sont le tampon entre la direction générale et les équipes opérationnelles, entre la stratégie et le terrain, entre l’ambition institutionnelle et la fatigue collective. Cette position d’interface, loin d’être valorisée, devient un purgatoire professionnel.
Le prix réel de l’abnégation
Regardons les chiffres en face. Un manager à 2 000 euros nets gagne à peine plus qu’un agent débutant. Souvent moins qu’un technicien expérimenté. Cette compression salariale envoie un message toxique : la responsabilité ne vaut rien, ou presque rien. L’entreprise achète de la disponibilité totale, de la résilience psychologique et de la loyauté institutionnelle au tarif d’un poste sans enjeu.
La « variable » souvent évoquée ? Une fiction comptable. Un mirage qui transforme 2 000 euros garantis en 2 200 euros hypothétiques, conditionnés à des objectifs parfois hors de contrôle du manager lui-même. Cette précarisation déguisée fabrique de l’anxiété, pas de la performance.
La démission intérieure comme réponse rationnelle
Alors oui, nous avons des managers démotivés. Des managers en retrait. Des managers qui font le minimum. Mais ce n’est pas un problème de recrutement ou de formation. C’est un problème de cohérence économique. Personne ne donne durablement le meilleur de lui-même quand son salaire lui rappelle quotidiennement qu’il ne compte pas vraiment.
La passivité managériale n’est pas une tare morale. C’est une réponse adaptative à une situation absurde. Quand l’effort n’est pas reconnu financièrement, quand le risque n’est pas compensé, quand la responsabilité n’ouvre aucune perspective, le désengagement devient la seule stratégie raisonnable.
Repenser le management comme investissement
Il est temps de sortir du déni. Les managers ne sont pas des coûts à comprimer. Ce sont des leviers de performance, des stabilisateurs organisationnels, des créateurs de valeur collective. Les traiter comme tels suppose de les rémunérer comme tels.
Une grille salariale digne de ce nom est attendue au-delà des premières en partie tenues de la nouvelle classification.
Cette revalorisation n’est pas un luxe. Sans managers investis, lucides et respectés, aucune transformation ne prend. Aucune stratégie ne se déploie. Aucune équipe ne tient dans la durée.
Le SNFOCOS attend avec impatience le bilan de la transposition des classifications et activera sans aucun doute la clause de revoyure prévue dans les accords nationaux.