Et si les managers de proximité, ces pivots essentiels du quotidien en entreprise, étaient les grands oubliés de nos organisations modernes ? Au-delà du cliché du « manager entre le marteau et l’enclume », un point de rupture émerge : une fatigue profonde, systémique, qui appelle un vrai changement de regard.
Entre responsabilités démesurées et formations illusoires : l’épuisement au cœur du terrain
Responsables de la régulation de l’absentéisme, du désengagement ou du mal-être collectif, les managers de proximité ploient sous des attentes disproportionnées. Leur emprise réelle sur ces fléaux organisationnels reste pourtant limitée. Pire : les formations en « leadership servant » ou management à distance les épuisent, les confrontant à un idéal de coach désincarné, loin des urgences opérationnelles.
Le travail managérial se complexifie à vue d’œil. Nouvelles lois sur la déconnexion, le télétravail ou la réintégration se muent en dispositifs alambiqués, dont ils assurent la mise en œuvre. Résultat ? Un quotidien fragmenté, où l’urgence collective prime sur l’efficacité.
Isolement et manque de soin : qui veille sur les veilleurs ?
Prendre soin des autres – déployer empathie, faire respecter le cadre – rythme leur existence. Mais qui prend soin des managers ? Cet épuisement empathique, endémique, reste tabou. Dégagé d’expertise opérationnelle, le « people manager » pur perd vite son sens, usant les énergies sans filet spécifique.
Deux questions brûlantes émergent. D’abord : en chargeant les managers de toute la reconnaissance ou l’inclusion, ne déresponsabilise-t-on pas les salariés ? Ensuite : cette proximité relationnelle obsessionnelle, sans ancrage opérationnel, ne ronge-t-elle pas durablement, faute d’accompagnement ?
Vers un sursaut collectif : accompagner, plutôt que surcharger
Face à ce malaise, des pistes concrètes s’imposent. Priorité : sortir les managers de leur isolement. Les RH doivent poser des règles claires en amont, animer des communautés de pratiques, et reconnaître leur rôle pivot – lien tangible entre expertise, collectif et projet d’entreprise.
La responsabilité est collective : prévenir les risques psychosociaux incombe à tous, comme contribuer à la communauté de travail. Instaurer échanges inter-équipes et soutiens pairs ? Une première étape pour restaurer sens et énergie.
Dans un monde du travail sous tension, repenser le soutien aux managers de proximité n’est plus une option. C’est une urgence, pour éviter la rupture.