Retraites : l’illusion des économies faciles

La désindexation des pensions en débat pour le budget 2027. Une note de l’Institut des politiques publiques, signée par l’économiste Patrick Aubert, nuance sévèrement l’argument budgétaire d’une sous-revalorisation des pensions par rapport à l’inflation.

Relancé mi-août par le ministre de l’Économie Roland Lescure, le débat sur une revalorisation des pensions inférieure à l’inflation s’est invité au cœur des arbitrages du budget 2027 : Bercy espère jusqu’à 6 milliards d’euros d’économies, entre désindexation et réforme de l’abattement fiscal de 10 % applicable aux retraités. Les chercheurs de l’IPP appellent toutefois à examiner sérieusement les effets réels de la mesure avant toute décision.

Des économies budgétaires surestimées d’environ 20 %

Une pension amputée fait aussi baisser l’impôt sur le revenu et la CSG dus par son titulaire, et pousse certains retraités modestes vers des minima sociaux financés par ailleurs. Ce que l’on retire d’une main est en partie redonné de l’autre.

Les retraités modestes plus touchés que les plus aisés

La pension de base pèse proportionnellement plus lourd chez les retraités modestes, dont les revenus dépendent moins des complémentaires et du patrimoine. Une désindexation uniforme réduirait le niveau de vie des 10 % de retraités les plus modestes d’environ 0,2 %, contre 0,1 % pour les plus favorisés — creusant les inégalités entre retraités.

Cibler les seules hautes pensions : une fausse évidence

Les retraités les plus aisés tirent l’essentiel de leurs revenus des complémentaires et du patrimoine, échappant largement à une mesure qui ne porterait que sur les régimes de base. En 2019, un seuil de 2 000 € avait ainsi fini par toucher des retraités aux revenus loin d’être élevés. Le critère le plus redistributif testé par l’IPP (taux de CSG) supposerait de prendre en compte les revenus du conjoint et du patrimoine — une rupture avec le caractère contributif et individuel de la retraite.

Patrick Aubert met en garde contre l’empilement de ces ajustements ponctuels, qui rendent le système de moins en moins lisible pour des assurés déjà en difficulté pour anticiper leur future pension. Comparée à une hausse des cotisations, la désindexation reste moins favorable aux assurés — et son coût s’alourdit d’autant plus qu’elle s’applique année après année.

Pour le SNFOCOS, ce débat concerne directement les cadres des organismes de sécurité sociale, dont la retraite dépend souvent en bonne part des régimes complémentaires : tout ciblage des pensions les plus élevées mérite d’être suivi de près, dans sa lettre comme dans ses effets concrets.

Source : Travaux de Patrick Aubert (Institut des politiques publiques) et débats budgétaires autour du projet de loi de finances 2027.