Entre 700 000 jeunes NEET et plus d’un senior sur six ni en emploi ni à la retraite, la France souffre d’un sous-emploi massif qui révèle les failles de son modèle social.
La France n’a pas un problème de manque de travail, mais un problème d’accès au travail. Derrière cette nuance se cache une réalité statistique implacable : en 2024, 12,8% des jeunes de 15 à 29 ans sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET), soit environ 700 000 personnes, tandis que 16% des 55-69 ans ne sont ni en emploi ni à la retraite. Ces deux populations, aux antipodes de la vie active, partagent pourtant un même destin : l’exclusion du marché du travail.
Les jeunes NEET : un diplôme comme bouclier contre l’exclusion
Le phénomène des NEET touche particulièrement les jeunes peu ou pas diplômés. Parmi ces 700 000 jeunes, 40% sont au chômage (dont 16% en chômage de longue durée), 15% se consacrent à des responsabilités familiales, et 7% sont en situation de maladie ou de handicap. La situation française se révèle plus préoccupante que la moyenne européenne qui s’établit à 11,2%.
Ce qui frappe, c’est la permanence du phénomène : les effectifs de NEET en chômage de longue durée restent remarquablement stables, autour de 100 000 personnes dans chaque cohorte de cinq ans. Cette stabilité témoigne d’un système qui produit de l’exclusion de manière continue, transformant une difficulté d’insertion en marginalisation durable.
Les seniors ni en emploi ni à la retraite : la double peine
À l’autre extrémité de la pyramide des âges, la situation n’est guère plus reluisante. En 2021, 16% des personnes âgées de 55 à 69 ans ne sont ni en emploi ni à la retraite, une proportion qui atteint même 28% à 61 ans, juste avant l’âge légal de départ à la retraite. Cette catégorie des « NER » (ni en emploi ni à la retraite) compte trois femmes sur cinq, révélant une inégalité de genre persistante.
Entre 55 et 61 ans, près d’une personne sur deux dans cette situation l’est pour raison de santé ou de handicap, et la moitié d’entre elles sont peu ou pas diplômées. Un cinquième subit une situation de chômage. Les réformes successives des retraites ont dégradé cette situation en allongeant la période durant laquelle les seniors les plus fragiles restent en suspens entre emploi et retraite.
Un déséquilibre structurel de l’emploi
Au-delà de ces deux populations vulnérables, la France souffre d’un déséquilibre structurel dans la répartition de son emploi. En 2023, la fonction publique emploie 5,8 millions d’agents, représentant 19,9% de l’emploi total. Si ce taux a légèrement diminué depuis son pic de 21,5% en 2017, la France reste au-dessus de la moyenne européenne, avec 86 agents publics pour 1 000 habitants contre 60 en Allemagne.
Cette surreprésentation du secteur public s’accompagne d’une faiblesse relative du secteur privé marchand et du travail indépendant. Ramené à une comparaison européenne, faire baisser l’emploi public français au niveau allemand supposerait de supprimer près de 1,8 million d’agents publics. Cette situation crée un modèle d’emploi rigide, où l’État joue un rôle de pourvoyeur d’emplois au détriment de la dynamique entrepreneuriale.
Une France qui produit de l’exclusion
Le paradoxe français tient dans cette équation : un taux d’emploi public élevé coexiste avec un sous-emploi massif des jeunes et des seniors. Pendant que l’emploi salarié privé stagne ou baisse légèrement depuis 2024, l’emploi public continue d’augmenter, notamment dans l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur. Cette asymétrie révèle un marché du travail dual, où la sécurité de l’emploi public contraste avec la précarité d’une partie significative de la population active.
La France n’est pas malade d’un manque de travail pour ceux qui travaillent, mais d’un système qui exclut massivement aux deux extrémités de la vie active. Les « ni-ni » ne sont pas des décrocheurs, mais les symptômes d’un modèle social à bout de souffle, incapable d’inclure tous ceux qui souhaitent contribuer à l’effort collectif.