Proches aidants : quand la Sécu apprend enfin à prendre soin des siens

Un accord historique vient de franchir la table de négociation à l’Ucanss. Pour des centaines de milliers de salariés du Régime général coincés entre leur poste et leur proche en perte d’autonomie, quelque chose a changé. Le SNFOCOS était là.

Il y a des négociations qui se concluent dans l’indifférence, et d’autres qui marquent une étape. Celle du 30 avril 2026 appartient, sans doute possible, à la seconde catégorie. Ce jour-là, autour de la table paritaire de l’Union des caisses nationales de Sécurité sociale, un protocole d’accord a été arrêté sur le dispositif de soutien aux salariés proches aidants du Régime général. Cinq ans après un premier texte fondateur, l’institution se dotait enfin d’un cadre renouvelé, plus ambitieux, plus lisible, mais selon le SNFOCOS, encore perfectible.

Le silence des aidants, cette blessure invisible

En France, on estime à plus de onze millions le nombre de proches aidants. Dans les organismes du Régime général, dont l’effectif dépasse les cent cinquante mille agents, ils sont plusieurs milliers à exercer cette double vie sans que leur employeur, ni leurs collègues, ni parfois eux-mêmes, en aient pleinement conscience.

Ce que l’accord fait, concrètement

Le texte s’organise autour de deux piliers. Le premier est porté par le régime de prévoyance, dont le fonds social est désormais abondé à hauteur de 3 % des cotisations pour financer un dispositif complet : autodiagnostic en ligne, plateforme téléphonique de conseil, portail digital d’information géolocalisé, et surtout un panier de services concrets d’une valeur de 1 000 euros par an et par bénéficiaire (aide à domicile, garde d’enfants, auxiliaire de vie, soutien psychologique, accompagnement au répit).

Le second pilier concerne l’employeur directement : maintien de la rémunération nette mensuelle pour les salariés contraints de s’arrêter dans le cadre des trois congés légaux d’aidant — congé de proche aidant, de présence parentale, de solidarité familiale — dans la limite de vingt-deux jours par an. À cela s’ajoutent des possibilités d’aménagement d’horaires, de télétravail, et un examen bienveillant des demandes de passage à temps partiel.

L’accord entrera en vigueur le 1er janvier 2027, pour une durée de cinq ans.

Ce que le SNFOCOS a obtenu — et ce qu’il va surveiller

L’interdiction de toute discrimination liée à la situation d’aidant — en matière de rémunération, de promotion, de classification ou d’accès à la formation — figure en bonne place dès l’article 2. C’est une garantie normative opposable. La gouvernance paritaire du choix des prestataires, avec procédure transparente et prévention des conflits d’intérêts, constitue un autre acquis de la négociation.

Pour autant, le SNFOCOS signe les yeux ouverts. L’accès au panier de services reste conditionné à une situation administrative précise : des milliers de salariés vivant une aidance réelle mais non encore formalisée ne pourront y accéder pleinement. Les aménagements du temps de travail restent formulés dans un registre de possibilité et non d’obligation. Enfin, la clause d’ajustement budgétaire — qui prévoit qu’en cas de dépassement de l’enveloppe des 3 %, les parties pourront réduire le panier ou le champ des bénéficiaires — mérite une attention soutenue.

La commission de suivi de l’accord se réunira au moins une fois par an à compter de la mise en œuvre effective du dispositif. Le SNFOCOS y sera représenté.