Le 7 mai 2026, l’Instance nationale de concertation (INC) Retraite a réuni à la CNAV la branche, l’Ucanss et les organisations syndicales autour de trois dossiers structurants : le management de la performance durable, les perspectives de l’intelligence artificielle au service de l’Assurance retraite et le bilan de la COG 2025, volets qualité et systèmes d’information.

Le SNFOCOS y a pris toute sa place, à la fois comme observateur attentif des transformations en cours et comme porte-voix des cadres confrontés à la double exigence de performance et de sens au travail.

Cette séance a confirmé une tendance de fond : la branche Retraite a achevé les grandes réformes structurelles et entre dans une phase où se combinent industrialisation des process, accélération numérique et approfondissement des enjeux managériaux. Le tout dans un contexte de charge de travail élevée, de forte sollicitation des équipes et de montée en puissance des outils d’IA.

Management de la performance durable : une ambition à la hauteur des tensions de terrain

Premier temps fort de l’INC, la présentation du parcours « Manager la performance durable » a clairement montré la volonté de la branche de faire de la performance un levier de transformation du management, et non l’inverse. Pensé « pour et avec » les managers du processus Retraite, le dispositif repose sur un parcours modulaire, hybride (présentiel/distanciel) et copiloté par la Direction nationale de la Retraite, la Direction du pilotage et des moyens et la DRHT, avec l’appui de trois Carsat pilotes.

Cinq axes structurent ce parcours : poser le cadre de la performance durable, faire évoluer sa posture de manager, piloter dans un contexte instable, collaborer et faire collaborer, accompagner ses collaborateurs. L’implication de l’Institut 4.10 et de l’EN3S dans l’ingénierie et le déploiement des modules inscrit ce projet au cœur de la culture de la Sécurité sociale, en ancrant la formation managériale dans les spécificités du service public de retraite.

Les premiers résultats sont au rendez-vous : le module « Devenir manager de la performance durable », déjà largement déployé, affiche 98% de satisfaction, 94% de recommandation et une note moyenne de 4,45 sur 5 ; 69% des participants déclarent penser différemment leur rôle à l’issue de la formation. Pour le SNFOCOS, c’est un signal positif : les cadres ne demandent qu’à être outillés pour sortir du pilotage par les seuls indicateurs et réintroduire du dialogue, du collectif et du travail réel dans leur pratique managériale.

Mais le syndicat rappelle une évidence trop souvent oubliée : une « performance durable » sans moyens durables reste un slogan. Il alerte donc sur la soutenabilité de la charge managériale, exige une cohérence entre objectifs, indicateurs et ressources, et revendique une véritable reconnaissance de la fonction cadre dans les carrières.

Intelligence artificielle : entre promesses d’appui et vigilance syndicale

Deuxième volet de la séance, l’intelligence artificielle générative (IAG) s’installe désormais officiellement dans le paysage de l’Assurance retraite. Depuis 2023, la branche expérimente des cas d’usage variés avec un objectif affiché : faire de l’IAG « un assistant au service des agents » et non un substitut. La stratégie repose sur un double mouvement : déploiement de solutions généralistes (Copilot Chat, M365 Copilot) et développement d’outils spécialisés, notamment au service de la relation client et de l’activité de développement informatique.

Les chiffres présentés témoignent d’un déploiement déjà substantiel : 195 testeurs, 359 cas d’usage qualifiés dont 158 approuvés, et 26% des sollicitations résolues via le chatbot en 2025. Un POC callbot sur le 3960, mené à Lyon et Limoges, montre que 85% des appelants ayant obtenu une réponse de l’agentique se déclarent satisfaits, tandis que 76% des conseillers estiment mieux cerner la raison de l’appel grâce à l’outil. En parallèle, 40 puis 100 membres de la DSI expérimentent GitHub Copilot pour mesurer l’apport de l’IAG dans les activités de développement.

Projet emblématique, « IA_pas_de_quoi » explore la voie d’une IA « maison », souveraine et sécurisée, dédiée aux questions retraite, avec une première expérimentation auprès de 100 entreprises et une ambition claire : fournir des réponses fiables, claires et sourcées aux agents comme aux relais d’information.

Pour le SNFOCOS, cette dynamique ne peut être abordée ni avec technophobie, ni avec naïveté. Le syndicat salue l’effort d’acculturation (kits, e-learning, formation à l’art du prompt) et le cadre posé en matière de sécurité et de charte éthique, mais pose plusieurs lignes rouges : transparence sur l’impact sur les emplois et les métiers, garanties fortes sur la qualité du service rendu et la non-déshumanisation de la relation, association étroite des représentants des personnels à la gouvernance de l’IA. L’IA, oui, mais pas au prix d’une intensification silencieuse du travail ni d’une fragilisation des parcours professionnels.

Bilan COG 2025 : des résultats robustes, une soutenabilité à interroger

Troisième temps de l’INC, le bilan de la COG 2025 a été présenté comme l’« année de la performance », avec un volume de droits propres traités historique (874 143, +13% par rapport à 2024) et un délai moyen stabilisé à 66 jours, en deçà de l’objectif de 71 jours. La relation de service progresse : 724 602 rendez-vous ont été réalisés en 2025, dépassant l’objectif de 700 000, et la satisfaction globale des assurés atteint 87,5% (89,9% pour les retraités), en hausse de 2,4 points par rapport à 2024, même si la cible de 90% n’est pas encore atteinte.

Le développement des services en ligne se confirme, avec des taux de demandes de retraite déposées en ligne (droits propres et dérivés) supérieurs aux objectifs, tandis que la lutte contre la fraude affiche 32 millions d’euros de préjudices constatés et 227 millions d’euros de préjudices évités, pour un taux de recouvrement des indus de 80,34%, au-dessus de la cible. Sur le plan économique, la productivité par ETPMA bondit de 11,74% (objectif 2%), le coût de gestion recule de 5,83% (objectif -2%), et la consommation d’énergie baisse de près de 24%, bien au-delà de la trajectoire fixée.

Pour autant, tout n’est pas au vert. L’accessibilité téléphonique reste sous l’objectif, la parité aux postes de direction générale stagne à 33,30% alors que la cible est fixée entre 43% et 57%, et le TIF (taux d’incidences financières) demeure au-dessus de l’objectif, dans un contexte où l’efficacité du contrôle a priori recule. Le Schéma directeur des systèmes d’information avance, mais au prix d’une mobilisation massive des ressources sur de multiples chantiers simultanés : réforme retraite, SYRCA, portails, RGCU, mutualisations, cybersécurité, dette IT.

Le SNFOCOS tire de ce bilan une conclusion simple : la branche Retraite a prouvé sa capacité à tenir ses engagements, en volume comme en coûts, mais au prix d’un effort considérable des équipes et des cadres. La question n’est plus seulement de savoir si la performance est au rendez-vous, mais si ce niveau de performance est soutenable dans la durée, sans dégrader les conditions de travail ni la santé des agents.

Le SNFOCOS, un syndicat aux côtés des cadres dans la transformation

À l’issue de cette INC, le SNFOCOS confirme sa ligne : soutenir les dispositifs qui donnent du sens, renforcent les compétences et améliorent le service aux assurés, tout en exigeant que la dimension humaine reste au cœur des choix de la branche. Management de la performance durable, intelligence artificielle, transformation des systèmes d’information, bilan COG : derrière chaque indicateur, ce sont des équipes, des cadres, des collectifs de travail qui tiennent la maison.

Le syndicat entend rester un interlocuteur exigeant et constructif : prêt à accompagner les innovations lorsqu’elles protègent et outillent les cadres, déterminé à dénoncer les dérives lorsque la performance glisse vers l’épuisement. Entre chiffres flatteurs et réalités de terrain, le SNFOCOS choisit son camp : celui des femmes et des hommes qui font vivre au quotidien le service public de la retraite.

Bruno Gasparini, Secrétaire Général du SNFOCOS