Tout le monde veut former les managers à l’aidance. Mais la recherche montre que le soutien d’un aidant tient moins à la sensibilité de son supérieur qu’aux marges dont celui-ci dispose. Sans droits ni moyens, la formation produit de la bienveillance, pas de la protection.

Un malentendu mesuré

L’Observatoire OCIRP/Viavoice 2025 met un chiffre sur le malentendu : 82 % des managers se disent à l’aise pour parler à un salarié de sa situation d’aidant, mais seuls 43 % des aidants du secteur privé le croient. Le résultat est connu : un tiers seulement des aidants ont informé leur employeur. On ne se confie pas à celui qui évalue, fixe les objectifs et propose les promotions. Le 2 octobre, un chiffre cité à la tribune l’a confirmé : 69 % des managers voient dans l’aidance un frein à l’évolution professionnelle.

L’arrangement, ou l’arbitraire bienveillant

Que se passe-t-il quand l’aidant parle ? L’enquête sociologique de Vincent Caradec et de ses collègues, publiée par la DREES en 2020, décrit des arrangements informels : un horaire décalé, une absence tolérée, un délai accordé. Ces arrangements tiennent à quatre ressources, parmi lesquelles le statut et l’ancienneté du salarié et le climat de l’entreprise. Autrement dit, ils dépendent de la personne du manager et de la position de l’aidant. Ce qui est accordé par un chef peut être retiré par son successeur.

La conférence du 2 octobre a nommé la contradiction : le manager est pris dans une injonction paradoxale, entre performance et bienveillance. On lui demande de repérer les signaux faibles, de conduire un entretien de réaccueil, d’orienter vers un référent. On ne lui donne ni effectif de remplacement, ni pouvoir d’alléger une charge, ni temps pour le faire.

Le cadre, deux fois exposé

Pour l’encadrement, la difficulté est double. Le cadre est celui à qui l’on confie l’aidant ; il est aussi, souvent, aidant lui-même, puisque l’aide culmine entre 55 et 64 ans selon la DREES. L’Observatoire OCIRP relève que 31 % des aidants des catégories supérieures se disent en difficulté dans leur travail, autant que les autres. Son autonomie d’organisation lui permet de s’arranger seul, donc de rester invisible, et sa charge ne se mesure pas en heures : la baisse temporaire de 20 % à 33 % que demandent les aidants n’a pas, pour lui, d’unité de compte.

Pour le SNFOCOS, former les managers est nécessaire, pas suffisant. Un manager ne soutient un aidant que s’il a les moyens d’agir : du temps, la possibilité d’ajuster une charge, un remplacement en cas d’absence. Et un aidant n’est protégé que par un droit, pas par la qualité de sa relation avec son supérieur.

Sources : Observatoire OCIRP/Viavoice 2025 ; Les Dossiers de la DREES, n° 64, 2020 ; Études et Résultats, n° 1255, 2023 ; conférence OCIRP du 2 octobre 2026.