Ce 6 octobre se tenait la Journée nationale des aidants. Quatre jours plus tôt, à Radio France, j’ai eu l’occasion de contribuer à la conférence-débat organisée par l’OCIRP, réunissant partenaires sociaux, experts et dirigeants de la protection sociale, avec pour intitulé : « Aidants, dialogue social et débat public ». Le SNFOCOS y a participé donc activement. Le constat tient en une phrase : le diagnostic fait consensus, le remède reste à organiser.
Un travail gratuit, compté nulle part
L’Observatoire OCIRP/Viavoice 2025 compte entre 8 et 11 millions de proches aidants en France, dont 61 % exercent une activité professionnelle. Selon l’INSEE, cité par l’OCIRP, un salarié sur quatre sera aidant en 2030.
Ces salariés se taisent. Dans le secteur privé, 34 % seulement ont informé leur employeur de leur situation. Ils en paient le prix : 44 % se déclarent en difficulté sur le plan de la santé mentale, 45 % se sentent mal accompagnés par leur employeur. Les managers, eux, se disent à l’aise sur le sujet : 82 %. Seuls 43 % des aidants le croient (voir page 9). L’aide aux proches est un travail à part entière: il fait tenir le maintien à domicile, et personne ne le compte (lire notre dossier page 3).
Le temps manque avant l’argent
Le SNFOCOS l’écrivait déjà en mars : la principale difficulté des aidants est le manque de temps. Dans les organismes de Sécurité sociale, les aidants recensés par l’Union des caisses nationales de sécurité sociale (Ucanss) en 2024 y consacrent en moyenne neuf heures par semaine. En face, l’allocation journalière du proche aidant (AJPA) s’élève à 66,64 € par jour en 2026, dans la limite de 66 jours par personne aidée.
Chez nous, le droit existe, l’usage manque
En 2024, 641 salariés ont perçu le complément de rémunération prévu par l’accord de 2021 et 232 paniers de services ont été ouverts, dont un tiers seulement consommé en totalité (Ucanss). Pour environ 150 000 agents dans les organismes du régime général, l’ordre de grandeur est sans appel : le dispositif existe, il rencontre peu ses bénéficiaires.
Les populations ne se recouvrent pas, le panier étant réservé à certaines situations. Mais l’écart avec 8 à 11 millions d’aidants dit où est le problème : l’accès. Notre article de la page 9 en détaille les causes.
Le dialogue social, premier levier et premier test
La négociation collective est l’outil que tout le monde cite : 96 % des partenaires sociaux la jugent efficace, a-t-on entendu le 2 octobre dernier. Dans l’Observatoire OCIRP 2025, ils étaient 88 %, et cette quasi-unanimité cachait un écart de 26 points : 97 % des organisations de salariés, contre 71 % des organisations patronales. C’est là que se jouera la négociation. Depuis 2019, rappelle l’OCIRP, les branches doivent négocier sur la conciliation entre vie privée et vie professionnelle des salariés proches aidants. Reste à en faire autre chose qu’un catalogue de mesures.
La prévention passe par le temps
« Parfois la curation tue la prévention », a-t-on entendu à la tribune. Congés et allocations arrivent quand la rupture est déjà là. Autre idée revenue tout au long de la conférence : identifier un aidant, c’est lui ouvrir des droits. Or on n’identifie pas un salarié qui craint pour sa carrière. Il faut des circuits confidentiels, des managers formés, et du temps. Car le travail n’est pas seulement le problème de l’aidant: il est aussi ce qui le tient debout, à condition que l’organisation s’adapte. Les aidants interrogés par l’OCIRP demandent une baisse de leur charge de travail comprise entre 20 % et 33 %, pendant six mois au moins. Huit partenaires sociaux sur dix jugent cette baisse temporaire efficace. Le télétravail, lui, est « important mais pas suffisant » pour près des deux tiers d’entre eux. Une formule citée le 2 octobre résume l’enjeu : il ne faut pas attendre que les aidants s’adaptent au système, il faut adapter le système aux aidants.
Et les cadres ?
L’Observatoire ne les isole pas, mais un chiffre suffit : 31 % des aidants des catégories socioprofessionnelles supérieures se disent en difficulté dans leur travail, contre 30 % des autres. Le cadre est aussi celui à qui l’on demande d’accompagner ses équipes, alors que son propre temps de travail ne se compte pas toujours en heures. Qui mesure l’aménagement de sa charge ? Et les agents de direction ? Et les praticiens-conseils ? Deux protocoles distincts étendent à ces deux catégories le dispositif des salariés : nous veillerons à ce que cette extension soit effective.
Notre exigence :
Le SNFOCOS demande que le nouveau dispositif de soutien aux salariés proches aidants du régime général, applicable au 1er janvier 2027, fasse du temps de travail son premier outil de prévention :
- des autorisations d’absence rémunérées, trois jours par an au minimum, et le déplafonnement du compte épargne-temps, aujourd’hui limité à 60 jours ;
- un droit à l’aménagement du temps de travail : télétravail, activité délocalisée, retraite progressive accordée de droit ou refusée par une décision motivée ;
- la neutralisation des absences d’aidant dans le calcul de l’intéressement ;
- un bilan chiffré, présenté chaque année à la commission de suivi : agents identifiés, paniers de services ouverts et consommés, aménagements demandés, accordés, refusés.
Ce bilan n’a rien d’un détail. Sans lui, personne ne saura si les 1 000 € de services par an et les 22 jours de maintien de rémunération servent à quelque chose.
Hors de nos murs, la conférence du 2 octobre dernier a posé une autre question : qui protège les salariés des petites entreprises, que nos accords ne couvrent pas ? Les intervenants ont plaidé pour un accord national interprofessionnel. Le SNFOCOS soutiendra toute démarche interprofessionnelle qui garantit un socle de droits à tous les salariés aidants, sans rien retirer aux garanties conventionnelles des organismes de Sécurité sociale.
On ne protège pas ce qu’on refuse de compter.
Bruno Gasparini, Secrétaire Général du SNFOCOS