Le déclassement des cadres : quand le silence devient une faute collective
Il y a des maux que l’on ne voit pas dans les statistiques. Des souffrances qui ne déclenchent ni préavis de grève, ni communiqué de presse, ni alerte sociale. Le déclassement des cadres est de ceux-là. Silencieux. Insidieux. Et pourtant bien réel, dans nos organismes, dans nos branches, dans les couloirs de nos institutions de protection sociale.
Un cadre déclassé, ce n’est pas un cadre au chômage. C’est pire, d’une certaine façon. C’est un professionnel en poste, qui travaille, qui s’investit, mais qui sait intimement qu’il exerce en dessous de ses capacités, sans perspective d’évolution, sans reconnaissance à la hauteur de son engagement. C’est un collègue dont le diplôme, l’expérience et les compétences ne trouvent plus d’écho dans sa fiche de poste. C’est une trajectoire brisée que personne ne voit, parce que les apparences sont sauves.
Ce phénomène, nous le connaissons dans nos organismes. Les restructurations successives, les réorganisations imposées par les tutelles, les fusions de services et la redéfinition permanente des périmètres ont produit ce résultat : des cadres intermédiaires surchargés, dépossédés de leur autonomie, réduits à absorber les tensions d’une organisation sans jamais être consultés sur son devenir. Des cadres qui, par loyauté envers leurs équipes ou par crainte du stigmate, taisent leur malaise. Et qui, à force de se taire, finissent par se désengager.
Le SNFOCOS refuse cette résignation.
Depuis sa création, notre syndicat a porté une conviction centrale : les cadres de la protection sociale ne sont pas une variable d’ajustement. Ils sont le cœur battant de nos organismes. Ce sont eux qui font le lien entre les politiques publiques et leurs bénéficiaires. Ce sont eux qui forment, qui transmettent, qui innovent. Les déclasser, c’est appauvrir l’ensemble du système de protection sociale que nous avons mission de défendre.
Notre responsabilité syndicale, aujourd’hui, est double. Elle est d’abord de nommer ce qui se passe : briser le silence, mettre des mots sur un malaise que trop de nos adhérents portent seuls. Être le porte-voix de ceux qui n’osent pas parler. Ensuite, elle est d’agir : peser dans les négociations de branche pour que les classifications conventionnelles reflètent enfin la réalité des missions exercées. Négocier des dispositifs de mobilité interne, de reconnaissance des parcours, de formation qualifiante, non comme des privilèges, mais comme des droits.
Car le déclassement n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. Celui de ne pas investir dans la valeur humaine des organisations. Celui de laisser les grilles salariales se fossiliser pendant que les métiers évoluent. Celui de traiter les cadres comme des ressources interchangeables plutôt que comme des acteurs irremplaçables du dialogue social.
Le SNFOCOS, lui, a fait un autre choix. Celui de se battre pour que chaque cadre de la protection sociale soit reconnu à la juste mesure de ce qu’il apporte.
Chaque jour, sortez du silence, rejoignez le SNFOCOS.
Bruno Gasparini, Secrétaire Général du SNFOCOS
