Il est des dégradations qui avancent à bas bruit. Depuis 2020, le pouvoir d’achat des personnels de la Sécurité sociale s’effrite, année après année, avec la régularité d’une marée qui ne remonterait jamais tout à fait. Les officiels s’emploient à rassurer ; la réalité vécue raconte une autre histoire : celle d’agents qui travaillent autant, sinon davantage, pour un salaire qui pèse de moins en moins lourd au moment de remplir le caddie, le réservoir ou de régler le loyer.
Les chiffres, eux, ne mentent pas. Selon l’INSEE, les prix à la consommation ont progressé en moyenne annuelle de 0,5 % en 2020, 1,6 % en 2021, 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025 : soit, en cumulé, près de 16 % d’inflation depuis le début de la décennie. Sur la même période, la RMPP notifiée aux organismes a été contenue par les pouvoirs publics dans un corridor étroit entre 1,5 % et à 2,3 % par an.
On nous opposera les gestes consentis. Deux revalorisations de la valeur du point, un complément d’intéressement de deux cents euros, une nouvelle classification présentée comme historique : l’employeur n’a pas les mains vides.
Mais additionner ces avancées ne suffit pas à combler le fossé. Dans le secteur privé, l’indice du salaire mensuel de base mesuré par la DARES progressait encore de 3,8 % en glissement annuel fin 2023 et de 2,8 % fin 2024 soit un cumul supérieur à 12 % sur la période.
À la Sécu, l’écart se creuse : nos agents décrochent doublement, vis-à-vis de l’inflation et vis-à-vis du privé.
Le plus préoccupant tient à la nature de cette inflation. Ce ne sont pas des dépenses accessoires qui ont flambé, mais l’alimentation, l’énergie et le logement. C’est l’incompressible du quotidien, ce à quoi nul ne peut renoncer. Ces postes captent désormais la part majeure des revenus et ne laissent aux ménages qu’une marge résiduelle. Pour des cadres attachés au service public, voir leur rémunération absorbée par les seuls besoins vitaux n’est pas qu’une difficulté matérielle : c’est une forme de déclassement.
Voilà pourquoi le SNFOCOS fait de la revendication des rémunérations et des accessoires de salaire une priorité.
La RMPP n’est pas une abstraction comptable. Derrière chaque dixième de point se jouent des trajectoires, des renoncements, des départs. Seize points d’inflation absorbés en moins de huit points de rémunération moyenne : l’équation est intenable, et le carcan budgétaire fixé par la tutelle n’est plus tenable politiquement.
Il est temps que la négociation salariale cesse d’être tenue à la portion congrue. L’urgence n’est plus à démontrer : elle est à reconnaître.
Bruno Gasparini, Secrétaire Général du SNFOCOS