Un constat – enfin – partagé

« L’enjeu de l’attractivité est désormais reconnu comme un défi structurel des politiques de l’autonomie »

Mieux vaut tard que jamais. Vieillissement de la population, souhait de vieillir à domicile, … le directeur général de la CNSA reconnaît l’existence d’une « forte problématique d’attractivité des métiers du secteur médico-social » compte tenu de « conditions de travail perçues comme difficiles », de la « pénibilité » de ces métiers et d’une « faible reconnaissance salariale ».

Nonobstant le fait que les conditions de travail difficiles relèvent du vécu et non d’une perception, la CNSA considère que « le secteur médico-social fait face à une pénurie durable de professionnels, qui fragilise la continuité et la qualité de l’accompagnement », estimant le nombre de recrutements nécessaires à 600 000 d’ici 2030.

Un plan d’actions en 4 axes

 1.Contribuer au recrutement et à la fidélisation (notamment par une revalorisation salariale)

2.Améliorer la qualité de vie et les conditions de travail

3.Soutenir et mieux former les professionnels

4.Promouvoir les métiers de l’autonomie et leur évolution par la communication

De prime abord un tel plan d’actions peut paraître séduisant. Il va en effet au-delà des actions de « promotion » et de « communication » auxquelles se limitent habituellement l’UCANSS …

D’autant que la CNSA souhaite également engager une réflexion prospective sur le sujet de l’aidance, considérant à juste titre que la nouvelle transition démographique en cours, marquée par une forte diminution du nombre de naissance, devrait nécessairement conduire à revoir les conditions d’accompagnement et de sécurisation des aidants dans les administrations et entreprises. Une dimension prospective malheureusement inconnue de l’UCANSS, ce qui est d’autant plus regrettable alors que l’accord RSE relatif aux « salariés aidants » est en cours de négociation …

Cela étant, le SNFOCOS a fait part de ses interrogations au directeur de la CNSA, notamment pour ce qui a trait à la « progressivité » des revalorisations salariales et à l’amélioration des conditions de travail.

Mise en œuvre du plan d’action : un besoin de transparence et de cohérence

Transparence et cohérence demeurent des exigences fortes pour le SNFOCOS au regard des précisions apportées (ou non) par le directeur de la CNSA :

En matière de revalorisation salariale

Le SNFOCOS a souligné le fait que les UGECAM n’étaient pas mentionnées et devaient l’être dans le plan d’actions.

Le directeur de la CNSA s’est érigé en fervent défenseur de la cause des UGECAM, déclarant plaider auprès du Ministère afin de les sortir de leur « invisibilité » et faire en sorte que leur situation soit prise en compte dans la prochaine circulaire budgétaire … tout en précisant que l’on ne pouvait discriminer positivement ou négativement les UGECAM et que leurs principales interlocutrices étaient les ARS …

Le SNFOCOS a remis en cause la « progressivité » envisagée par la CNSA en matière de revalorisation salariale dès lors qu’elle n’est pas fondée sur les réalités et besoins à venir, comme en témoignent notamment les projections récentes de la DREES et les données de sinistralité en matière d’accidents du travail :

  • le nombre d’accidents du travail pour 1.000 salariés est de 107 dans le secteur de l’aide à domicile, de 100 dans les établissements pour personnes âgées, de 63 dans les établissements pour personnes handicapées. A comparer à la moyenne nationale dans le secteur de la santé : 35.
  • Les projections récemment réalisées par la DREES sont édifiantes 
    • Le soutien à l’autonomie des seules personnes âgées nécessiterait de créer entre 150 et 200.000 emplois d’ici 2050
    • Mais également « 365.000 places d’EHPAD entre 2021 et 2050 (640.000 places recensées en 2021) »
    • « Sans création de places supplémentaires en EHPAD seules les personnes âgées les plus dépendantes pourraient accéder à un EHPAD, les autres orientées vers le domicile ou dans l’habitat intermédiaire comme les résidences autonomie (le nombre de places nécessaires devrait alors être multiplié par 4,6 d’ici 2050) »
    • « Parmi les personnes vivant dans les résidences autonomie, la part de personnes âgées avec un besoin d’aide atteindrait 60 % en 2050, contre 26 % en 2021. Ces structures – dont les missions seraient ainsi profondément modifiées – devraient s’adapter de façon importante, notamment en termes de personnel ».

Les besoins en personnels vont être considérables, tant dans le secteur de l’aide à domicile que dans les établissements (cf tableau ci-dessus). En conséquence, tous les salariés concernés sont prioritaires et doivent également bénéficier de revalorisations salariales.  Le SNFOCOS ne peut par ailleurs que mettre la CNSA en garde contre le risque de déstabilisation lié à d’éventuels « transferts ».

Pour le SNFOCOS, une progressivité ne pourrait être fondée que sur la base de constats opérés par les ARS et les Conseils Départementaux, dans le cadre d’une logique territoriale prenant en compte les difficultés rencontrées par les opérateurs.  Le SNFOCOS ne peut donc que faire part de sa déception au regard de la réponse du directeur de la CNSA : la priorité donnée au domicile serait justifiée par le fait qu’il a davantage la main sur cette branche alors que les établissements relèvent des ARS ; il conviendrait de lire différemment les résultats de l’étude de la DREES, …

 En matière d’amélioration des conditions de travail

Le SNFOCOS souscrit pleinement aux mesures d’amélioration des conditions de travail dès lors qu’il s’agit de favoriser l’investissement du quotidien en faveur des personnels (en matière de prévention des TMS notamment), d’aller plus loin en matière de compensation technique, ou de développer l’investissement numérique. Le SNFOCOS a toutefois émis certaines réserves en ce qui concerne les « actions sur les environnements de travail à travers l’investissement immobilier ».

Loin de nier le fait que certains investissements immobiliers puissent contribuer à l’amélioration des conditions de travail, le SNFOCOS a souligné la nécessité de s’en assurer au préalable par une étude d’impact conditionnant toute aide à l’investissement.  Pour le SNFOCOS, l’amélioration des conditions de travail ne doit en effet en aucun cas servir de prétexte à la mise en place d’un « Plan d’Aide à l’Investissement » ou PAI « bis ».  Là encore, le SNFOCOS n’a pu constater que l’absence de réponse du directeur de la CNSA …

Laurent Castra pour la délégation du SNFOCOS